Un mot du Musée des beaux-arts

26 mai 2011

Source : Musée des beaux-arts de Montréal

Pour souligner le cinquième anniversaire de Montréal, ville UNESCO de design, le Musée des beaux-arts de Montréal présente une exposition sur le légendaire designer de mode français, Jean-Paul Gaultier. Débutant le 17 juin prochain, La planète mode de Jean-Paul Gaultier est une installation qui retracera le riche parcours de ce couturier visionnaire au grand talent et à l’esprit humanitaire. La directrice et conservatrice en chef du musée, Nathalie Bondil, offre une réflexion sur cette grande occasion. 

« Une exposition de mode ? Bien davantage, c’est l’ima­ginaire d’un artiste – même s’il se défend d’en être un – qui transcende les frontières virtuoses et tech­niques de la haute couture pour exprimer, sans pré­tention, un message de tolérance. Cette installation contemporaine n’est pas une rétrospective, car la boîte à idées de Jean Paul Gaultier continue de créer, signant une mode sans date de péremption affichée. Le Musée des beaux-arts de Montréal a initié, conçu et produit ce projet ambitieux, complexe, majeur et ra­dical pour ensuite le présenter dans plusieurs métro­poles internationales : Dallas, San Francisco, Madrid, Rotterdam… C’est aussi Montréal qui imagine, édite et imprime le livre d’art afférent, première publication de référence multilingue qui sera distribuée at large. Et toujours Montréal, grâce au talent de la compagnie UBU de Denis Marleau et de Stéphanie Jasmin, qui trace une narration enchantée ponctuant cet imagi­naire décapant. 

Pourquoi dans un musée des beaux-arts ? À cette in­terrogation, nous répondons par une question : qui a eu l’occasion de constater de visu ce qu’est la haute couture ? Le public n’en connaît qu’un reflet galvau­dé, rendu faussement accessible par la multiplica­tion des images médiatiques. L’expérience visuelle en direct est tout autre chose : la révélation du mé­tier. Comprendriez-vous ce qu’est un chef-d’œuvre de la peinture ou de la sculpture uniquement grâce à sa reproduction, même par les truchements des ef­fets extralucides de Google Art ? Non, l’expérience sensuelle reste incontournable : c’est d’ailleurs ce qui sauvera les musées, une expérience physique, sensorielle, inimitable, irremplaçable, la rencontre avec l’original imprimant en chacun un moment uni­que, émouvant, amoureux, comme dans d’autres domaines de la vie. À la majorité qui n’a pas la chan­ce d’être invitée aux défilés des «VVIP» de la haute couture, à tous ceux qui ne peuvent examiner les créations hors de l’éblouissement des shows, cette exposition permet de jouir en direct de la délectation des matières et des savoir-faire artisanaux. Corps à corps, cœur à cœur. Cette seule raison la légitime, puisqu’une exposition vise avant tout à rendre abor­dable ce qui ne l’est pas.

Montréal, son Musée des beaux-arts, pourquoi ? Il faut le dire et le répéter car cette question nous est souvent posée. Parce que nous aimons Jean Paul Gaultier et nous croyons à l’importance de son œu­vre qui dépasse la circumnavigation du périphérique parisien, pour l’offrir au monde. Parce que le désir est là de porter le message profond, inclusif et nécessai­re du couturier bien au-delà des cercles consanguins de la mode. Ce projet dépasse largement le cadre de l’hortus conclusus des spécialistes. Quand un ima­ginaire élargit notre espace vital, porte des valeurs bigger than life, peu importe le médium. Allons-nous visiter une exposition de peinture ou de Poussin ? De sculpture ou de Rodin ? La force du contenu prime sur la forme. Et nous croyons qu’avec Jean Paul Gaultier, c’est le cas. Une conviction qui projette l’art au-delà de son champ disciplinaire, forcément sec­taire, pour atteindre des valeurs universelles.

Le Musée avait initié la première rétrospective Yves Saint Laurent. Il inaugurera l’automne prochain un nouveau pavillon d’arts décoratifs et de design, le pavillon Liliane et David M. Stewart, pour y mettre en valeur l’une des collections les plus importantes en Amérique du Nord, l’une des plus complètes – arts décoratifs anciens, artisanats, prototypes in­dustriels, design du XXsiècle et actuel. La mode, le « Lab Design », les nouvelles acquisitions renforcent avec détermination cet axe dynamique et straté­gique pour l’avenir du Musée. Sésame auprès des jeunes générations, le design permet d’aborder une histoire des fonctions et des sociétés, des styles et des techniques, jetant des passerelles pour tous par la reconnaissance des objets vers les domaines des beaux-arts, depuis les maîtres anciens jusqu’à l’art contemporain. Alors oui, Montréal est une ville de de­signers confirmés et de design en devenir. »

- Nathalie Bondil, Directrice et conservatrice en chef

Retrouvez toutes les informations sur l'exposition sur le site internet du Musée des beaux-arts.